Durant le processus, allant de la mise en accusation de
Khalifa SALL au jour d’aujourd’hui, mon amertume n’a jamais atteint le niveau
effleuré dans la nuit du samedi 25 novembre 2017. Même la sentence qui vient de
le condamner à 5 ans de prison ferme ne m’a pas fait aussi mal. Je me rappelle
que déjà cloué au lit par une petite grippe, j’ai été encore plus anéanti par
l’évidence d’un complot mené contre un concitoyen par ces gens-là qui ont
usurpé la place qu’ils occupent au sein de l’hémicycle (puis qu’ils ne jouent
pas leur rôle). Leur comportement de ce jour a montré qu’ils représentent autre
chose que le Peuple.
J’ai vu une meute, pressée d’en finir avec sa proie. Et
pire, la cruauté et l’empressement qui
rugissaient à travers la voix du Président de l’Assemblée n’ont fait qu’assombrir
davantage mes idées au milieu cette nuit. Je me rappelle qu’il faisait minuit
passé.
Il faisait tard. Ils étaient certes fatigués, mais savaient
précisément ce qui les avait retenu ce soir-là jusqu’à une heure pareille et
étaient pressé de le faire pour ensuite lever le camp comme un soldat fier et
ragaillardi par le sentiment d’avoir accompli sa mission ; sauf que cette
fois-ci la mission n’est pas des plus nobles.
Ce qui m’a le plus choqué c’est le comportement de Moustapha
NIASSE, par ses agissements qui contrastent avec son âge et son parcours
d’Homme d’Etat. Il était pressé, cela se lisait dans ses gestes et ses
paroles. Il était pressé d’en finir, pressé de planter le fer dans les
entrailles de l’agneau ; l’agneau du sacrifice, de cet être pas encore taureau
amené de force dans la corrida, un agneau sans défense, ligoté, enfermé depuis
un bail, un agneau freiné dans sa croissance par la croisade contre les
hérétiques. Oui, ici sont hérétiques ceux qui ont des ambitions, par la force
de la tyrannie étatique.
« Comptez, comptez, vite, vite… », je l’ai entendu
scander alors que vue son âge, s’il savait bien compter avec sagesse, il aurait
su qu’il lui est impératif de dompter ses envies de gloire et de victoire. La
vie l’a déjà gâté. Qu’est-ce qu’il a à faire
le vieux matador, à jouer des épées avec un adversaire ligoté et de surcroît
absent de l’arène dans un combat par procuration ; un combat qui n’est pas
du tout le sien ?
J’ai écouté sans rien entendre. Rien de juste, que de verbiages
polluant la raison pullulaient des
gueules qui saignent de la haine, une toxine qui paralyse la République. Ces
bavures qui entachent le drapeau de l’Etat de droit déjà en berne et qui
font vider le sang de la démocratie, à l’agonie,
deviennent coutumes. Oui il faut être conséquent. Ce n’est pas de l’exagération
de dire que les adeptes de l’Etat de droit et épris de justice sont devenus
nostalgiques d’une certaine époque.
J’ai entendu de la bouche de Moustapha NIASSE « Comptez,
comptez, vite, vite… », et j’ai cru ouïr des incantations raisonnant dans
la tête de ces gens-là députés dépités en transe, réputés par leur ignorance et
se réclamant députés de X ou de Y oubliant le
Peuple.
Belle ironie, n’est-ce pas ? Les « boucliers »
d’hier sont des bourreaux fiers aujourd’hui.
La corrida, l’hémicycle et le Palais de justice, une arène
inondée de sang, le sang des ambitieux, le sang de la justice, le sang de l’Etat
de droit.
La corrida des lâches ; eux tous contre un ligoté de surcroit enfermé. Leur procédé lèse la
morale. La République leur a tout donné et eux, hantés par les démons du
pouvoir, décident de tout lui prendre ; et même son âme.
Un Peuple orphelin de justice. Elle est dépossédée de son
essence. Ils s’en ont pris à son esprit, ils s’en sont pris à son image, ils
s’en sont pris à ses principes, ils s’en sont pris à ses honnêtes hommes. Elle
n’est finalement qu’un triste pantin manipulable, traîne dans la boue,
maintenant, même par les plus républicains. L’équilibre de notre Etat n’a
jamais été aussi menacé par la polarisation de tous les pouvoirs sur un seul
homme. Un homme esclave de ses désirs, un homme aux précédés
« je-m’en-foutiste ».
C’est amer mais c’est avec le glaive de Dame justice
agonisante que l’Exécutif coupe des têtes au pilori du Parlement.
Ainsi de plus en plus le temps nous enseigne dans son récit
qu’avoir des ambitions est une hérésie ici et Khalifa paiera le prix.
Mes mots ci-dessus ne sont pas d’une élégance particulière. Heureusement
que ce n’est pas un impératif pour moi de décrire avec élégance ce qui ne l’est
pas.
Mes mots sont un hurlement de mon cœur face aux abominations
perpétrées perpétuellement au cœur de la République par un clan dont le chef
Macky SALL nous avait promis plus de justice et de démocratie.
Ils l’ont accusé. Ils l’ont mis en détention. Ils ont violé
ses droits à une liberté provisoire et de battre campagne en tant que candidat
aux députations passées. Malgré tout, le Peuple l’a élu député. Ils ont,
ensuite, piétiné son immunité après la lui avoir refusée. Au final ils l’ont acheminé,
comme un taureau, à l’abattoir comme prévu. Malheureusement nous n’attendons
rien de La « justice ».
Il faut le dire. Nous avons assisté à un feuilleton monotone,
sans suspens, qui se déroule depuis un an, et vient de prendre fin (en attendant un probable appel) sous nos yeux
passifs. C’était un feuilleton sans suspens parce que le rôle et le sort de chacun
des acteurs étaient déjà ficelés.
Hier c’était quelqu’un d’autre. Aujourd’hui c’est Khalifa.
Demain ça sera le tour de qui?
Si nous tenons à notre pays, nous devons bannir ces pratiques
et leurs adeptes. Elles ne sont pas dignes de notre histoire.
Abdou DIENE
abdoudiene@gmail.com

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