vendredi 30 mars 2018

Khalifa SALL: « La corrida » ou la mise à mort d’un hérétique.


Durant le processus, allant de la mise en accusation de Khalifa SALL au jour d’aujourd’hui, mon amertume n’a jamais atteint le niveau effleuré dans la nuit du samedi 25 novembre 2017. Même la sentence qui vient de le condamner à 5 ans de prison ferme ne m’a pas fait aussi mal. Je me rappelle que déjà cloué au lit par une petite grippe, j’ai été encore plus anéanti par l’évidence d’un complot mené contre un concitoyen par ces gens-là qui ont usurpé la place qu’ils occupent au sein de l’hémicycle (puis qu’ils ne jouent pas leur rôle). Leur comportement de ce jour a montré qu’ils représentent autre chose que le Peuple. 
J’ai vu une meute, pressée d’en finir avec sa proie. Et pire, la cruauté et  l’empressement qui rugissaient à travers la voix du Président de l’Assemblée n’ont fait qu’assombrir davantage mes idées au milieu cette nuit. Je me rappelle qu’il faisait minuit passé.
Il faisait tard. Ils étaient certes fatigués, mais savaient précisément ce qui les avait retenu ce soir-là jusqu’à une heure pareille et étaient pressé de le faire pour ensuite lever le camp comme un soldat fier et ragaillardi par le sentiment d’avoir accompli sa mission ; sauf que cette fois-ci la mission n’est pas des plus nobles.
Ce qui m’a le plus choqué c’est le comportement de Moustapha NIASSE, par ses agissements qui contrastent avec son âge et son parcours d’Homme d’Etat. Il était pressé, cela se lisait dans ses gestes et ses paroles. Il était pressé d’en finir, pressé de planter le fer dans les entrailles de l’agneau ; l’agneau du sacrifice, de cet être pas encore taureau amené de force dans la corrida, un agneau sans défense, ligoté, enfermé depuis un bail, un agneau freiné dans sa croissance par la croisade contre les hérétiques. Oui, ici sont hérétiques ceux qui ont des ambitions, par la force de la tyrannie étatique.
« Comptez, comptez, vite, vite… », je l’ai entendu scander alors que vue son âge, s’il savait bien compter avec sagesse, il aurait su qu’il lui est impératif de dompter ses envies de gloire et de victoire. La vie l’a déjà gâté.  Qu’est-ce qu’il a à faire le vieux matador, à jouer des épées avec un adversaire ligoté et de surcroît absent de l’arène dans un combat par procuration ; un combat qui n’est pas du tout le sien ?
J’ai écouté sans rien entendre. Rien de juste, que de verbiages polluant la raison pullulaient  des gueules qui saignent de la haine, une toxine qui paralyse la République. Ces bavures qui entachent le drapeau de l’Etat de droit déjà en berne et qui font vider le sang de  la démocratie, à l’agonie, deviennent coutumes. Oui il faut être conséquent. Ce n’est pas de l’exagération de dire que les adeptes de l’Etat de droit et épris de justice sont devenus nostalgiques d’une certaine époque.
J’ai entendu de la bouche de Moustapha NIASSE « Comptez, comptez, vite, vite… », et j’ai cru ouïr des incantations raisonnant dans la tête de ces gens-là députés dépités en transe, réputés par leur ignorance et se réclamant députés de X ou de Y oubliant le  Peuple.
Belle ironie, n’est-ce pas ? Les « boucliers » d’hier sont des bourreaux fiers aujourd’hui.
La corrida, l’hémicycle et le Palais de justice, une arène inondée de sang, le sang des ambitieux, le sang de la justice, le sang de l’Etat de droit.
La corrida des lâches ; eux tous contre un ligoté  de surcroit enfermé. Leur procédé lèse la morale. La République leur a tout donné et eux, hantés par les démons du pouvoir, décident de tout lui prendre ; et même son âme.
Un Peuple orphelin de justice. Elle est dépossédée de son essence. Ils s’en ont pris à son esprit, ils s’en sont pris à son image, ils s’en sont pris à ses principes, ils s’en sont pris à ses honnêtes hommes. Elle n’est finalement qu’un triste pantin manipulable, traîne dans la boue, maintenant, même par les plus républicains. L’équilibre de notre Etat n’a jamais été aussi menacé par la polarisation de tous les pouvoirs sur un seul homme. Un homme esclave de ses désirs, un homme aux précédés « je-m’en-foutiste ».

C’est amer mais c’est avec le glaive de Dame justice agonisante que l’Exécutif coupe des têtes au pilori du Parlement.

Ainsi de plus en plus le temps nous enseigne dans son récit qu’avoir des ambitions est une hérésie ici et Khalifa paiera le prix.

Mes mots ci-dessus ne sont pas d’une élégance particulière. Heureusement que ce n’est pas un impératif pour moi de décrire avec élégance ce qui ne l’est pas.

Mes mots sont un hurlement de mon cœur face aux abominations perpétrées perpétuellement au cœur de la République par un clan dont le chef Macky SALL nous avait promis plus de justice et de démocratie.
Ils l’ont accusé. Ils l’ont mis en détention. Ils ont violé ses droits à une liberté provisoire et de battre campagne en tant que candidat aux députations passées. Malgré tout, le Peuple l’a élu député. Ils ont, ensuite, piétiné son immunité après la lui avoir refusée. Au final ils l’ont acheminé, comme un taureau, à l’abattoir comme prévu. Malheureusement nous n’attendons rien de La « justice ».
Il faut le dire. Nous avons assisté à un feuilleton monotone, sans suspens, qui se déroule depuis un an, et vient de prendre fin (en attendant un probable appel) sous nos yeux passifs. C’était un  feuilleton  sans suspens parce que le rôle et le sort de chacun des acteurs étaient déjà ficelés.
Hier c’était quelqu’un d’autre. Aujourd’hui c’est Khalifa. Demain ça sera le tour de qui?
Si nous tenons à notre pays, nous devons bannir ces pratiques et leurs adeptes. Elles ne sont pas dignes de notre histoire.


Abdou DIENE
abdoudiene@gmail.com

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