De Gaulle,
Mitterrand, Macron etc. c’est du pareil au même. C’est des hommes qui
cherchent, avec zèle, ce qu'ils pensent être le mieux pour leur Patrie.
Ceux qui étaient témoins des derniers instants de
l’ère tutélaire trembloter devant la face ferme des premières heures des
indépendances ; ceux qui avaient vu les cœurs, combien arides, laisser
pousser miraculeusement des bourgeons d’espoir avec le passage de la fine rosée
de liberté ; ceux qui avaient vu les yeux des enfants de la terre-mère
scintiller d’espoir au point de rendre jaloux le tant chanté soleil d’Afrique,
devant autant de chaleur, de lumière et d’enthousiasme ; ont vu, au moment
de penser à panser les blessures de la longue période d’assujettissement, l’euphorie
des gens avisés s’estomper face à l’esprit comploteur et lâche d’une élite qui
n’en est pas une vraie.
Nous aussi, nous aurons tout vu…
Cela, une manière subtile de nous interpeller, une
nouvelle fois, face à une évidence que nous nous détournons souvent le visage,
soit par impuissance avérée, soit par orgueil aveuglant, soit par lâcheté tout
simplement.
2018, la
question de notre indépendance fait toujours débat….
L’an 2018, et les territoires jadis désignés sous le terme « outre-mer »,
à l’instar du Sénégal, ont toujours du mal à assumer leur statut d’Etats
souverains. Est-ce
fataliste de croire que les rapports qui lient nos Etats avec l’ancien empire colonial sont
incassables ? Même barricadés derrière un argumentaire constitutionnaliste,
et tout un tas de symboles qui nous confèrent une identité étatique souveraine,
nous n’arrivons pas, encore, à nous défaire de l’âme de la métropole française toujours
présente dans le cœur de nos systèmes politiques et décisionnaires.
Le débat sur la fin ou non de la
« Françafrique » est souvent agité par la société civile du continent.
Ceux qui s’interrogent sur sa survie ou non peuvent trouver des réponses
eux-mêmes en analysant l’actualité. La « Françafrique » peut être
démodée par sa dénomination néanmoins
elle survit par sa finalité. C’est un être polymorphe qui s’accommode aux
contextes.
On se demande, pourquoi la France remue-t-elle
terre et ciel pour toujours rester en Afrique ?
« De
même que les États-Unis ont leur arrière-cour en Amérique latine, la France a
besoin d’avoir son arrière-cour en Afrique. », (Georges Serre, ex conseiller
au ministère des affaires étrangères)
Pourquoi quand c’est important pour
« nous », ça doit, obligatoirement, se passer avec la France et/ou en
France ?
« C’est
dire que le Sénégal et la France ont toujours matière à se concerter, à
dialoguer, à gérer ensemble dans l’amitié et la confiance pour parvenir à des
fins communes » (Macky SALL, Président de la République du Sénégal 21
décembre 2016-Elysée)
La voix
qui murmure dans nos têtes….
Elle nous hante cette petite voix dans nos têtes.
Elle refait surface pour nous chuchoter « vous ne pouvez pas aller
seul » à chaque fois qu’il s’agit de prendre des décisions majeures
relatives à notre destin. Elle est entretenue durant des siècles et fait, malheureusement,
toujours effet (manque d’estime de soi et de confiance) à l’heure où le débat
sur la nécessité de la prise de conscience des Peuples semble ne plus être à
l’ordre du jour. L’assimilation, propre au système colonial français, a laissé,
jusqu’au moment où je vous parle, des stigmas profonds dans l’esprit de nos
jeunes Etats avec l’aliénation non achevée des peuples dépossédés d’une bonne
partie de leur histoire qu’ils renient, par la suite, par complexe ou pour
incohérence. Nous n’en sommes plus à l’époque où nous acceptions dans nos mœurs
l’idée selon laquelle nos aïeux étaient des gaulois certes, mais nous ne sommes
pas, pour autant, encore sortis de l’auberge. De nouvelles expressions telles
que « la France, partenaire privilégié… », « relation séculaire »,
« partenaire historique » etc. et des pratiques sont preuves de la
pérennité du cordon ombilical qui continue de nourrir un projet de tutorat et d’exploitation
pluri-centenaire … Ainsi de fil en aigu,
la France a fini par former avec ses « ex-colonies », une communauté
à la morphologie d’une pieuvre. La métropole est le centre nerveux qui
harmonise les mouvements de ses tentacules que constituent les anciennes colonies.
Gouverneurs
de la France d’Outre-mer…
République
du Congo, RDC, Gabon, Centre-Afrique, Tchad, Cameroun, Sénégal, Côte-d’Ivoire,
Togo, Mali, Niger, Burkina Faso, Bénin etc. des Chefs d’Etat ou mascottes projetés sur des
trônes pour faire la promotion du « made in french »... Sinon comment
justifier leurs attitudes ?
Ils ont tué la « préférence nationale »
pour la « préférence à la France ».
Ils ont noyé leurs « bébés entreprises »
dans les vagues de la concurrence déloyale des multinationales de la France.
Ils ont dépossédé leurs populations de leurs terres
pour les brader à des entrepreneurs de la France.
Ils ont cédé, dans des conditions obscures, les ressources
naturelles et minières de leurs pays à la France.
Là, ils ont fini de concentrer les secteurs
stratégiques de leurs économies entre les mains de la France.
Ils vont même jusqu’à créer des opportunités
d’affaire (avec des projets coûteux et inopportun) pour soutenir des
entreprises françaises en difficulté tout en restant indifférents face aux
souffrances du secteur privé national
qui suffoque déjà des maux de la mauvaise gestion de la chose publique
(clientélisme, gré à gré, népotisme etc.).
On se
questionne sur le pourquoi de cette « esclavagerie » économique et
politique de nos dirigeants…
Une
subordination par complexe ou par nécessité ? Pourquoi perdent-ils la
raison devant la main tendue de la France ? Est-ce cela le prix à
payer pour mériter son offre d’amitié ou/et
de protection ?
La France n’hésite pas à être l’amie des Chefs
d’Etat putschistes, mal élus, coupables de détournement de deniers publics,
avides de pouvoir, présidents à vie, tripatouilleurs de Constitution, despotes,
fraudeurs électoraux, génocidaires etc. , bons
et beaux à ses yeux jusqu’à ce qu’ils deviennent bon à rien ; c’est-à-dire
incapables de servir ses intérêts.
La France est sauveur et protectrice pour ceux qui
sont à la tête de nos Etats qui jouent son jeu. Ils lui doivent, généralement,
reconnaissance pour leur accession et leur maintien au pouvoir, sans oublier
leur niveau de vie insolent et leur grotesque richesse qui contrastent avec la
misère de leurs peuples. Des réseaux, lobbies, institutions, média sont
déployés n’ayant autre objectif que de
suivre de très-près les intérêts de la France en Afrique quelques soient les
moyens. Ceux qui sont en phase avec la politique de la France sont entretenus
et protégés tant qu’ils feront l’affaire. Ceux qui se mettent de travers, ils
les combattent par des moyens
médiatiques, économiques, diplomatiques et militaires. Voir la longue liste des victimes… !
Dire aux
« amis » de la France que les Etats n’ont pas d’amis mais des
intérêts….
L’Afrique
est une zone stratégique pour tout le monde sauf les africains. D’ailleurs elle a
depuis très longtemps soutenu le développement de la France en lui assurant une
source régulière d’approvisionnement en matière première, un grand marché pour
ses entreprises et un creuset de partenaires géostratégiques. Rester en Afrique
est une question de survie pour la
France. La philanthropie des Pays comme
la France n’est pas aussi innocente. C’est la richesse de l’Afrique, longtemps
assimilée à une vache à lait, qui nourrit le grand amour que ses pseudos amis
suscitent à son endroit. Un amour fou, à protéger coûte que coûte par le retour
musclé des multinationales et des forces françaises au Sénégal et en Afrique de
manière générale.
Il est prouvé plus d’une fois que les Institutions
comme la Banque Mondiale etc. ne sont que des instruments de contrôle et de
domination monétaire et économique des grandes puissances sur le Tiers-Monde. Croire
au développement de l’Afrique par la coopération, c’est faire preuve d’une
totale ignorance de l’histoire et de toute notion en stratégie.
C’est évident que le changement des rapports que le
développement de l’Afrique entrainerait (un traitement équitable, renégociation
des termes de la coopération, potentielle concurrence) risquerait de diminuer
les marges de manœuvres de l’Occident et de le mettre en situation d’insécurité
‘économique et politique). L’arme fatale de la France en Afrique, c’est la
théorie de la dépendance. Pour moraliser son omniprésence en Afrique, elle sait
comment faire. Elle y crée et y entretient des situations de précarité, pour
débarquer par la suite, dans une posture de sauveur avec une valise pleine de
ses propres conditions. Et l’histoire se répète…
Combien de fois la France est citée en Afrique dans
des affaires de complot, d’assassinat de
responsables, de coup d’Etat, de corruption, de trafic d’armes, de mercenariat,
de manipulation de l’opinion, de fraude électorale etc.? La fin justifie les moyens !
Depuis toujours, la métropole use de toutes les
possibilités, légales ou non, pour préserver ses intérêts. Nous aurons beau
décrier son ingérence officielle et officieuse dans nos affaires
« internes » mais la remarque est qu’au fond si cela ne gêne pas les
politiques c’est parce que, soit c’est
en leur faveur, soit ils la trouvent naturelle, soit ils sont tenus au silence
pour diverses raisons. Quand le maître parle, on s’exécute sans piper…!
Qu’en
est-il du Peuple africain…
Présidents d’Afrique, Gouverneurs de la France
d’Outre-mer, tentacules qui réagissent au moindre désir de la métropole, que
peuvent bien, leurs Peuples espérer d’eux.
Que de tentacules coupées et qui finissent par
repousser, d’une façon ou d’une autre, par le biais des réseaux. Mais cela ne
doit pas nous faire sombrer dans un fatalisme qui annihile tous les atouts et
ambitions que nous disposons. Des atouts qui font courir, d’ailleurs, le reste
du monde vers l’Afrique : la ruée vers l’or. Laisser faire les choses
telles qu’elles sont en train de se dérouler, c’est une façon implicite et
lâche de dire que nous méritons bien la misère dans laquelle nous nous
éternisons. Ce qui est faux et inadmissible !
De Gaulle, Mitterrand, Macron etc. c’est du pareil au même. C’est des
hommes qui cherchent, avec zèle, ce qu'ils être le meilleur pour leur patrie. Alors si nos dirigeants, au lieu de défendre leurs
Peuples, à leur tour, acceptent de les pomper pour servir les intérêts d’une autre Nation, il faut les démettre
et les juger pour trahison. Parce qu’il s’agit bien de ça. C’est cela la
solution pour mettre fin à ce cycle maléfique dans lequel nos Etats sont installés.
Frères et sœurs du continent, la richesse de l’Afrique
n’est pas une malédiction. L’Afrique a beaucoup trop longtemps servi, il est temps
qu’elle serve ses propres intérêts. Rien de noble ou de valeureux ne se gagne
aisément. Il faut du sacrifice, du courage et de l’audace.
“Nobody can give you
freedom. Nobody can give you equality or justice or anything.
If you’re a man, you take
it” (Malcolm X)
Abdou
DIENE
